L'article du monde du 20/12/05

C'est la première fois que le nouveau pape s'adresse à la France. Benoît XVI a reçu, lundi 19 décembre, les lettres de créance du nouvel ambassadeur de France près le Saint-Siège, Bernard Kessedjian, qui succède à Pierre Morel, et il a donné aux Français une leçon d'intégration toute... républicaine.

L'Italien Paul VI (1963-1978) aimait la France autant que son propre pays. Jean Paul II (1978-2005), plus soucieux de tradition rigide, avait tardé à y être compris. L'ex-cardinal Ratzinger, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, est un fin connaisseur de l'Hexagone et, devant le nouvel ambassadeur, il s'est dit frappé par la récente crise des banlieues, dans laquelle il a vu une menace pour la "paix sociale" d'un pays qu'il assure aimer profondément.

Tout en condamnant les violences, Benoît XVI analyse la situation en professeur plus qu'il n'admoneste le pays. Il voit deux raisons à la crise : l'incapacité de la France à fournir des repères et des idéaux à sa jeunesse et l'épuisement du système français d'intégration.

Le sort de la jeunesse l'inquiète : "Il importe de proposer aux jeunes un idéal de société et un idéal personnel, pour qu'ils conservent des raisons de vivre et d'espérer." Sans désigner le PACS et les unions homosexuelles — qui ont provoqué des polémiques entre la France et le Vatican — Benoît XVI rappelle que les Français ont "des devoirs en faveur de l'institution conjugale et familiale", à laquelle "aucune autre forme d'organisation relationnelle ne peut être comparée". En associant "autorité et soutien affectif", la France doit donner aux jeunes "les valeurs indispensables à leur maturation personnelle et au sens du bien commun".

A propos de l'immigration, le nouveau pape invite les Français à "remercier" "les travailleurs étrangers et leurs familles", qui ont contribué à "l'enrichissement" du pays, ensuite à mieux les accueillir, car ils sont devenus "des citoyens à part entière". "Le défi consiste", selon lui, "à vivre les valeurs d'égalité et de fraternité qui font partie de la devise de la France", pour que "tous les citoyens puissent réaliser, dans le respect des différences légitimes, une véritable culture commune, porteuse des valeurs morales et spirituelles fondamentales".

Comme l'avait fait Jean Paul II au début de l'année pour le centenaire de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (1905), Benoît XVI s'est enfin réjoui du "principe de laïcité qui suppose une saine distinction des pouvoirs, mais n'empêche pas l'Eglise de prendre part à la vie de la société dans le respect des compétences de chacun".